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Full Stack Developer : mythe ou réalité ?

Publié le6 min de lecture

Le développeur fullstack qui maîtrise tout existe-t-il vraiment ? Quand recruter un fullstack vs des spécialistes backend et frontend.

Le développeur fullstack, c'est un peu le Graal du recrutement tech. Celui qui maîtrise autant le backend que le frontend, qui peut tout faire tout seul, et qui coûte le prix d'une seule personne. Mais cette perle rare existe-t-elle vraiment ? Et surtout, est-ce vraiment ce dont vous avez besoin ?

Vue d'ensemble du métier

AspectDescription
Définition théoriqueDéveloppeur maîtrisant à la fois backend (BDD, APIs, logique métier) et frontend (interfaces, UX)
Réalité du terrainSouvent un spécialiste d'un côté qui a appris l'autre par nécessité ou curiosité
Points fortsPolyvalence, vision d'ensemble, autonomie sur des projets complets
LimitesRarement expert des deux côtés, risque de ne pas aller assez en profondeur
Pertinent pourStartups très early-stage, petites équipes (2-4 personnes), prototypes et MVPs
Moins pertinent pourScale-ups avec équipes structurées et besoins d'expertise pointue

La réalité derrière le terme

Dans la réalité, le développeur fullstack est très rarement quelqu'un qui maîtrise parfaitement les deux univers. C'est plutôt un développeur frontend qui a émis le souhait de toucher au backend et qui a eu la chance de pouvoir le faire, ou inversement un développeur backend qui s'est formé au frontend. Cette polyvalence a de la valeur, mais il faut comprendre ce qu'elle implique vraiment.

Il est extrêmement difficile d'être à la fois expert sur toute une série de bases de données, de maîtriser les subtilités de l'architecture backend, de comprendre les patterns de sécurité et de performance côté serveur, tout en ayant une expertise similaire sur du CSS, des animations fluides, l'accessibilité web, et les frameworks frontend modernes. Ces deux domaines ont chacun une profondeur technique considérable, avec des patterns, des bonnes pratiques et des écosystèmes différents.

Ce qui se passe généralement, c'est qu'un développeur fullstack sera très bon d'un côté et correct de l'autre. Il pourra débloquer l'équipe sur les deux aspects, mais il n'aura probablement pas la même profondeur d'expertise qu'un spécialiste qui passe 100% de son temps sur son domaine. Et c'est parfaitement acceptable dans beaucoup de contextes, à condition d'en être conscient au moment du recrutement.

Quand le fullstack a vraiment du sens

Dans une startup très early-stage avec deux ou trois développeurs, avoir des profils fullstack est extrêmement précieux. Vous n'avez pas les moyens de construire des équipes spécialisées, et vous avez besoin de personnes qui peuvent toucher à tout. Un développeur qui peut aussi bien créer une API REST que développer l'interface qui va l'utiliser apporte une flexibilité considérable quand vous êtes en mode survie.

Cette polyvalence permet aussi d'avancer plus vite sur certains types de fonctionnalités. Plutôt que de devoir coordonner un développeur backend et un développeur frontend, synchroniser leurs calendriers, gérer les dépendances entre leurs tâches, une seule personne peut porter la feature de bout en bout. Sur un MVP ou un prototype, cette vélocité peut faire toute la différence.

Le développeur fullstack a aussi une vision d'ensemble du produit qui a de la valeur. Il comprend comment les différentes couches s'articulent, peut anticiper les impacts d'un changement d'un côté sur l'autre, et fait naturellement des choix qui optimisent l'ensemble plutôt que juste sa partie. Cette vision globale est particulièrement précieuse quand il s'agit de prendre des décisions d'architecture dans les premières phases d'un produit.

Quand la spécialisation devient nécessaire

Au fur et à mesure que votre équipe grandit, le développeur fullstack perd progressivement de son importance. Passé cinq ou six développeurs, vous pouvez commencer à vous permettre d'embaucher des spécialistes. Et ces spécialistes vont apporter une profondeur d'expertise que des profils fullstack ne peuvent tout simplement pas atteindre.

Un développeur backend qui passe 100% de son temps sur ce domaine va développer une maîtrise fine des bases de données, une compréhension profonde des patterns d'architecture, une expertise sur la sécurité et la performance que quelqu'un qui fait aussi du frontend n'aura pas. De la même manière, un développeur frontend spécialisé va maîtriser les subtilités du CSS, les animations complexes, l'accessibilité, les optimisations de performance côté client, à un niveau qu'un fullstack n'atteindra probablement jamais.

Cette profondeur devient cruciale quand vous commencez à avoir de vrais défis techniques. Optimiser une base de données qui contient des milliards d'enregistrements, créer une interface ultra-réactive qui gère des interactions complexes, garantir l'accessibilité complète de votre produit : ces sujets nécessitent une expertise pointue qu'on ne développe qu'en se concentrant sur un domaine.

Il y a aussi un aspect psychologique important. Les meilleurs développeurs veulent généralement approfondir leur expertise dans un domaine plutôt que rester en surface sur plusieurs. En scale-up, vous attirez des talents en leur offrant la possibilité de devenir vraiment excellents dans leur spécialité, pas en leur demandant de tout faire de manière médiocre.

Le piège de la recherche du super-héros

L'erreur classique que je vois régulièrement, c'est de chercher le développeur fullstack qui serait expert des deux côtés. Le profil qui maîtrise parfaitement React, Vue et Angular, qui connaît toutes les bases de données du marché, qui fait aussi du DevOps dans ses temps libres, et qui en plus a des compétences en design. Cette personne n'existe pas, ou alors elle a déjà créé sa propre entreprise.

Pendant que vous cherchez ce mouton à cinq pattes pendant six mois, vos concurrents ont recruté deux développeurs : un bon backend et un bon frontend. Ils avancent, ils livrent, ils apprennent. Et vous, vous êtes toujours en train d'espérer trouver la perle rare qui n'arrivera jamais.

Soyez honnête sur ce dont vous avez vraiment besoin. Si vous êtes trois dans l'équipe et que vous lancez votre MVP, oui, cherchez des profils fullstack qui peuvent être autonomes. Mais acceptez qu'ils soient meilleurs d'un côté que de l'autre. Si vous êtes dix développeurs et que vous cherchez encore des fullstack, il est probablement temps de revoir votre stratégie de recrutement.

Les technologies du fullstack

Si vous recrutez des profils fullstack, privilégiez ceux qui maîtrisent des technologies qui se complètent bien. Un développeur qui connaît Node.js côté backend et React côté frontend peut réutiliser beaucoup de connaissances JavaScript entre les deux mondes. La courbe d'apprentissage est moins raide que pour quelqu'un qui devrait maîtriser Java côté serveur et Vue.js côté client.

Attention cependant à ne pas tomber dans le piège inverse : choisir une stack uniquement parce qu'elle permet d'avoir du fullstack. Node.js backend n'est pas toujours le meilleur choix pour tous les types de projets. PHP avec Symfony ou Java avec Spring peuvent être plus pertinents selon votre contexte, même si cela rend le profil fullstack moins évident.

Comme toujours, les décisions techniques doivent se faire en fonction de votre contexte, pas d'une envie de simplifier le recrutement. Il vaut mieux avoir la bonne stack avec deux spécialistes que la mauvaise stack avec un fullstack.

La transition fullstack vers spécialiste

Un phénomène intéressant que j'observe régulièrement : les développeurs qui commencent en fullstack dans une startup finissent souvent par se spécialiser naturellement au fur et à mesure que l'équipe grandit. Ils choisissent le côté qu'ils préfèrent, celui où ils veulent approfondir leur expertise, et deviennent progressivement des spécialistes.

Cette évolution naturelle est saine et devrait être encouragée. Plutôt que de forcer vos développeurs à rester généralistes alors que l'équipe permet maintenant la spécialisation, accompagnez-les dans leur montée en expertise. Vous construirez une équipe plus forte et plus engagée.

En résumé

Le développeur fullstack n'est ni un mythe ni un super-héros. C'est un profil qui a de la valeur dans certains contextes, particulièrement dans les très petites structures où la polyvalence prime sur l'expertise. Mais il ne faut pas s'illusionner : les vrais experts des deux côtés sont extrêmement rares, et dans la plupart des cas, vous aurez affaire à quelqu'un qui est bon d'un côté et correct de l'autre.

Au fur et à mesure que votre équipe grandit, la spécialisation devient non seulement possible mais souhaitable. Des développeurs backend et frontend dédiés apporteront une profondeur d'expertise que des fullstack ne peuvent pas atteindre. Adaptez votre stratégie de recrutement à votre stade de maturité plutôt que de chercher le profil parfait qui n'existe pas.