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Offboarding : pourquoi bien accompagner un départ est un investissement

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Le départ d'un collaborateur est une opportunité souvent négligée. Comment transformer un offboarding en levier pour votre marque employeur et votre équipe.

Le départ d'un collaborateur est un moment que la plupart des managers subissent plutôt qu'ils ne gèrent. On s'assure que les accès sont coupés, que les compétences sont transférées, et on passe à autre chose. Pourtant, bien accompagner un départ est une double opportunité qui peut avoir des effets positifs bien au-delà de ce qu'on imagine.

La double opportunité d'un départ bien géré

La première opportunité concerne celui qui part. Une personne qui quitte votre entreprise avec une dernière impression positive aura beaucoup plus de facilités à vous recommander auprès de ses connaissances. J'ai vu ce scénario se produire à plusieurs reprises : des collaborateurs partis qui parlent de nous en bien à leur réseau, et des candidats de qualité qui viennent postuler spontanément parce qu'un ancien de l'équipe leur a dit du bien de l'expérience.

La seconde opportunité, souvent oubliée, concerne ceux qui restent. Montrer que vous traitez avec respect et empathie un de leurs collègues lors de son départ met en valeur vos qualités humaines et vos qualités de manager. À l'inverse, un départ mal géré, où le collaborateur est traité comme un traître ou mis au placard pendant son préavis, envoie un signal désastreux au reste de l'équipe. Chacun se dit : si je pars un jour, c'est comme ça qu'on me traitera.

Un retour inattendu

Un cas concret qui illustre bien la valeur d'un offboarding soigné : un collaborateur avait quitté l'équipe pour rejoindre une nouvelle startup. Plutôt que de couper les ponts, j'ai continué à prendre régulièrement de ses nouvelles. Quand j'ai senti qu'il se posait des questions sur sa nouvelle situation, je lui ai simplement dit que nous avions ouvert un nouveau poste sur un de ses anciens projets. Il est revenu tout naturellement. Ce retour n'aurait jamais eu lieu si le départ avait été mal vécu, ou si son onboarding initial n'avait pas créé un lien solide avec l'entreprise.

J'ai aussi le cas d'un développeur parti d'une entreprise et qui m'a ensuite rejoint dans une autre parce que nous avions gardé un excellent contact. Les bonnes relations professionnelles ne s'arrêtent pas aux portes d'une entreprise, et un offboarding bien géré pose les bases de ces relations durables.

Les étapes d'un offboarding réussi

Au-delà du transfert de compétences et de la coupure des accès, qui sont le strict minimum, un offboarding réussi passe par plusieurs étapes que peu de managers prennent le temps de suivre.

Comprendre les raisons du départ. Pas pour convaincre la personne de rester, mais pour vraiment comprendre ce qui la pousse à partir. Est-ce le salaire, le manque d'évolution, un problème de management, une opportunité irrésistible ailleurs ? Cette information est précieuse pour améliorer vos pratiques et éviter de reproduire les mêmes erreurs avec d'autres collaborateurs.

Ne pas chercher à argumenter ou à convaincre. Quand la décision est prise, elle est prise. Essayer de retenir quelqu'un qui veut partir, même avec une augmentation de salaire, ne fonctionne quasiment jamais sur le long terme. Le collaborateur reste quelques mois puis finit par partir quand même, avec en plus le sentiment d'avoir été manipulé. Acceptez la décision avec respect et concentrez votre énergie sur la suite.

Accompagner sur les derniers jours. Le préavis ne devrait pas être un purgatoire. Le collaborateur qui part peut encore apporter de la valeur : documenter ses connaissances, former ses collègues sur les sujets qu'il maîtrise, finir proprement les projets en cours. Lui donner des missions claires et utiles jusqu'au bout montre que vous le respectez et que son travail compte toujours.

Faire un feedback honnête et complet le dernier jour. Prenez le temps d'un échange sincère : ce que vous avez apprécié dans sa contribution, ce qu'il pourrait améliorer pour la suite de sa carrière, et ce que vous retenez de sa période dans l'équipe. Ce feedback final est souvent celui que le collaborateur retient le plus longtemps, car il clôture une étape importante de sa vie professionnelle.

Prendre régulièrement des nouvelles. Après le départ, un message de temps en temps pour savoir comment ça se passe dans sa nouvelle aventure maintient le lien. C'est ce lien qui, quelques mois ou quelques années plus tard, peut se transformer en recommandation, en collaboration, ou même en retour.

Le cas du licenciement

Le licenciement voulu par l'entreprise est un sujet différent. Si la relation est clairement abîmée au point de ne plus pouvoir travailler ensemble, le mieux est souvent de faire partir le collaborateur rapidement, quitte à perdre en transfert de compétences ou à payer un préavis effectué à domicile. Prolonger une situation toxique n'est bon ni pour la personne concernée ni pour le reste de l'équipe.

C'est un cas qui devrait rester vraiment extrême. Sur plus de cent cinquante à deux cents personnes managées en quelques années, cette situation ne m'est arrivée qu'une seule fois. Si ça vous arrive régulièrement, le problème se situe probablement en amont, dans votre processus de recrutement ou dans vos pratiques managériales.

Un enjeu de marque employeur

Faciliter le départ d'un collaborateur devrait être une obligation morale. Mais si la dimension humaine ne suffit pas à vous convaincre, considérez l'angle stratégique. Chaque départ mal géré fragilise votre marque employeur. Votre équipe parle, les anciens collaborateurs parlent, et dans un marché où les développeurs et les profils produit se connaissent souvent entre eux, votre réputation circule vite.

Oublier l'offboarding, c'est se mettre à risque de voir de nouveaux départs en cascade ou de rendre plus complexes les prochains recrutements. À l'inverse, une entreprise connue pour bien traiter ses collaborateurs, y compris quand ils partent, attire naturellement de meilleurs profils.

En résumé

Le départ d'un collaborateur n'est pas une fin, c'est une transition. Comprenez les raisons sans chercher à convaincre, accompagnez dignement les derniers jours, faites un feedback honnête, et gardez le contact. Chaque départ bien géré renforce votre marque employeur et peut vous apporter de futures recommandations, collaborations, ou même des retours. C'est un investissement minime en temps pour un retour potentiellement très important.