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Cloud public ou VPS : comment choisir son hébergement ?

Publié le4 min de lecture

AWS, GCP, Azure : les startups foncent sur le Cloud public par défaut. Pourtant, un simple VPS suffit dans 90% des cas — et coûte 10x moins cher.

En 2024, déployer sur AWS ou GCP semble être une évidence. Les crédits startups pleuvent, les devs connaissent ces plateformes, et "ça scale". Mais est-ce vraiment le bon choix pour votre startup ?

Les options d'hébergement en un coup d'œil

OptionCoût mensuelCompétences requisesPour qui ?
SaaS/No-code (Lovable, Bubble)VariableAucunePhase POC, validation d'idée
PaaS (Heroku, Vercel, Railway)50-500€+FaiblesPrototypes, side-projects
VPS/Bare Metal (OVH, Scaleway)5-100€Moyennes (Docker)90% des startups
Cloud public IaaS (AWS, GCP, Azure)200-5000€+Élevées (SRE)Cas très spécifiques

La majorité des startups n'ont pas besoin de la dernière ligne


Le piège des crédits Cloud

AWS, GCP et Azure offrent des dizaines de milliers d'euros de crédits aux startups. Généreux ? Pas tant que ça en vrai. Ils font le pari que vous ne changerez pas d'hébergeur quand vos crédits auront expiré ou auront été consommés. C'est une technique assez classique d'acquisition.

Le problème : plus vous investissez sur une plateforme, plus il devient coûteux d'en sortir. Chez Wizbii, la migration d'OVH vers Google Cloud a pris plusieurs mois. Aujourd'hui, un retour sur OVH leur serait financièrement très judicieux — mais l'investissement sur GCP est tel que personne ne veut l'envisager.

Faire le bon choix au démarrage coûte infiniment moins cher que devoir migrer plus tard. Et un choix simple se révèle quasiment toujours le bon.


"Mais il faut pouvoir scaler !"

C'est l'argument numéro un. Et c'est un faux problème.

Le jour où vous devrez scaler, c'est que vous aurez un super problème : beaucoup de clients. À ce moment-là, vous aurez les moyens d'acheter les compétences nécessaires pour migrer. Uber, Google, Netflix — toutes ces entreprises ont fait des migrations majeures. Et à des niveaux de scale que 99,9% des startups ne connaîtront jamais.

Quelques chiffres concrets :

  • Wizbii : 2-3 millions d'utilisateurs avec 3-4 serveurs Bare Metal
  • BestOfMedia : 10M+ posts sur des forums sur 3 serveurs loin d'être saturés (il y a plus de 10 ans)
  • Kelkoo : des millions de chiffre d'affaires sur une dizaine de serveurs il y a plus de 15 ans

Scaler trop tôt n'a pas de sens business. C'est souvent là pour rassurer un CEO ou un CTO "Architecte" qui pense en avoir besoin — pas pour répondre à un vrai problème.


Le vrai coût du Cloud public

Les Cloud publics vendent de la simplicité et promettent de vous éviter de recruter des experts (SRE, DevOps). La réalité est différente :

Les PaaS (Heroku, Vercel, Railway) sont effectivement simples. Mais excessivement chers dès que vous sortez du hobby project. Une app qui tourne sur un VPS à 20€/mois peut facilement coûter 200€+ sur Vercel.

Les IaaS (AWS, GCP, Azure) ne sont pas simples du tout. Ils nécessitent des compétences pointues pour être utilisés correctement. Sans expertise, vous allez :

  • Payer des services dont vous n'avez pas besoin
  • Mal configurer vos ressources
  • Recevoir des factures surprises

Et l'expertise va se payer soit avec un poste quasi dédié qui vous coûtera 100K€+ chaque année ou un prestataire qui vous facturera tous les mois en plus de vos coûts d'hébergement.

Dans les deux cas, le coût global — financier et en complexité — est bien supérieur à un simple VPS.


Ma recommandation : Docker sur VPS

Pour 90% des startups, voici le setup que je recommande :

Phase POC / Validation

Un SaaS comme Lovable suffit pour montrer vos idées à de premiers prospects. Pas besoin de code, pas besoin d'infra.

Phase Produit

Docker + docker-compose sur un VPS (OVH, Scaleway) :

  • Coût : 5 à 50€/mois selon les besoins
  • Mise en place : quelques heures, surtout avec l'aide de l'IA
  • Maintenance : quelques jours par an maximum

La majorité des développeurs ne touchent jamais au déploiement au quotidien. Ils codent sur leur machine, poussent sur Git, et le CI/CD fait le reste. Ceux qui configurent l'infra n'y passent que quelques jours par an.

Autant leur laisser choisir des technologies qu'ils maîtrisent pour leur travail quotidien — le déploiement n'est pas le sujet.


Quand le Cloud public se justifie (vraiment)

Il existe des cas où AWS, GCP ou Azure sont pertinents. Ils sont rares :

  • Entraînement de modèles ML : besoin de GPU à la demande, pics de charge très forts
  • Conformité spécifique : certaines certifications imposent des hébergeurs précis (encore que les hyperscalers américains posent eux-mêmes des questions de conformité RGPD)
  • Présence multi-région critique : si vous devez être présent sur 5 continents avec une latence minimale

Si vous n'êtes pas dans ces cas, la question mérite d'être posée : avez-vous vraiment besoin d'un Cloud public ?


Et les investisseurs ? Les clients grands comptes ?

"Mon investisseur veut qu'on soit sur AWS." "Mon client grand compte exige GCP."

Ma réponse : ces situations existent, mais elles sont rares. Et quand elles arrivent, posez-vous la question : est-ce vraiment l'hébergement qui pose problème, ou autre chose ?

Un investisseur sérieux regarde votre traction, votre équipe, votre marché. Un client grand compte vérifie la sécurité, la disponibilité, la conformité. Le logo de votre hébergeur est rarement le vrai sujet.

Cela dit, certains contextes (secteurs réglementés, grands groupes avec des politiques IT strictes) peuvent imposer des contraintes réelles. À évaluer au cas par cas.


En résumé

SituationRecommandation
POC / Validation d'idéeSaaS no-code (Lovable, Bubble)
Startup early-stageVPS + Docker (OVH, Scaleway)
Scale-up avec tractionVPS ou Bare Metal, évaluer au cas par cas
Besoins ML/GPU ou conformité spécifiqueCloud public justifié

Chaque contexte est différent. L'important est de faire un choix éclairé, pas un choix par défaut. Et dans beaucoup de cas, la solution la plus simple est aussi la meilleure.