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CPO : les métriques d'équipe qui comptent vraiment

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Les indicateurs clés pour piloter une équipe produit : quantité de backlog, design system, bugs et synchronisation avec la technique.

Après avoir exploré les métriques d'une équipe technique, intéressons-nous à celles d'une équipe produit. Si les développeurs ont tendance à garder leurs frustrations pour eux, les Product Owners, Product Managers et Product Designers n'ont en général aucun mal à remonter régulièrement leurs problèmes et insatisfactions. Ce n'est pas une raison pour ne pas les écouter, mais il faut lire ces retours avec le bon prisme.

La métrique clé : la quantité de backlog

Ce qu'il faut regarder en priorité dans une équipe produit, c'est la quantité de backlog prêt à être développé. Cet indicateur, en apparence simple, révèle énormément de choses sur la santé de votre organisation.

Trop peu de fonctionnalités prêtes ? C'est le signe d'un Product Owner submergé qui a du mal à prioriser ou qui passe trop de temps sur des tâches qui ne sont pas au cœur de sa mission. Le risque est concret : l'équipe technique se retrouve en panne sèche. Les développeurs finissent un sprint et n'ont pas assez de matière pour le suivant. Ils perdent du temps, se dispersent, et la frustration monte des deux côtés.

Trop de fonctionnalités prêtes ? C'est le signe inverse mais tout aussi problématique. On a pris trop d'avance sur la réalisation, ce qui signifie qu'on va développer des fonctionnalités sans prendre en compte ce qu'on apprend en production des précédentes livraisons. Et on risque de garder des stories prêtes pendant des semaines, voire des mois, jusqu'à ce qu'elles ne soient plus du tout à jour : un changement de design nécessite de revoir les maquettes, une évolution technique impose de refaire l'estimation. On a alors travaillé pour rien et on devra potentiellement reprendre ces stories à zéro.

Deux sprints d'avance : le bon repère

En général, avoir environ deux sprints d'avance de backlog prêt est un bon équilibre. En dessous, on se met à risque de mettre tout ou partie de l'équipe en chômage technique si elle avance plus vite que prévu. Au-dessus, on commence à accumuler du travail de spécification qui risque de devenir obsolète avant même d'être développé.

Dans les deux cas, le vrai risque est la désynchronisation entre le produit et la technique. Quand le backlog est soit trop maigre soit trop fourni, c'est que les deux équipes n'avancent pas au même rythme. Et cette désynchronisation, si elle n'est pas corrigée rapidement, génère de la frustration des deux côtés et dégrade progressivement la qualité de ce qui est livré.

Le temps de finalisation des maquettes

Un autre signal important à surveiller est le temps que mettent les maquettes à être finalisées. Des maquettes qui traînent en longueur peuvent vouloir dire plusieurs choses : un Product Designer surchargé, des allers-retours trop nombreux avec le Product Owner sur la direction à prendre, ou tout simplement l'absence d'un design system.

Chez Winter, nous avions exactement ce problème. Avec trois plateformes frontend à maintenir (web, iOS et Android), l'équipe frontend était toujours en retard et les bugs s'accumulaient. Nous travaillions avec un designer externe qui n'avait pas mis en place de design system. Chaque nouvelle fonctionnalité nécessitait de créer les composants visuels de zéro, sur chaque plateforme, avec les incohérences que cela implique.

On a fait le choix d'internaliser cette compétence de design et de mettre en place un design system. En quelques semaines, on a refondu nos maquettes puis nos trois produits pour suivre ce design system. Le résultat a été spectaculaire : c'est maintenant l'équipe backend qui est plus souvent le goulot d'étranglement, le nombre de bugs frontend a considérablement chuté, et la qualité perçue par l'utilisateur a augmenté grâce aux micro-interactions qui ont pu être mises en place avec le temps gagné. Un design system n'est pas un luxe réservé aux grandes équipes : c'est un investissement qui se rentabilise très rapidement dès qu'on a plus d'une plateforme à maintenir.

Les bugs comme indicateur produit

Au-delà des métriques classiques de backlog et de maquettes, les bugs sont un indicateur produit souvent sous-estimé. Pas uniquement comme métrique technique, mais comme signal sur la qualité de la conception du produit.

Des bugs trop nombreux ? Avant de pointer du doigt l'équipe technique, posez-vous la question : le produit n'est-il pas trop complexe ou pas assez logique pour les développeurs ? Si les développeurs ne comprennent pas intuitivement comment une fonctionnalité doit se comporter, ils vont faire des erreurs d'implémentation. Et si le produit n'est pas logique pour eux, il y a de fortes chances qu'il ne le soit pas non plus pour l'utilisateur final. Un nombre élevé de bugs peut donc être le signal d'un problème de conception plutôt que d'un problème de qualité de développement.

Des bugs traités trop rapidement ? Cela peut sembler paradoxal, mais corriger les bugs trop vite est aussi un signal d'alarme. Si chaque bug remontré est immédiatement pris en charge par un développeur, c'est que l'équipe ne sait pas prioriser. Le développeur qui arrête sa tâche en cours pour corriger un bug mineur perd du temps en context switching. Et ce context switching, multiplié par le nombre de développeurs et la fréquence des interruptions, peut représenter une perte de productivité considérable. Les bugs doivent être priorisés comme n'importe quelle autre tâche, en fonction de leur impact réel sur les utilisateurs.

La synchronisation produit-technique

Le fil rouge de toutes ces métriques, c'est la synchronisation entre les équipes produit et technique. Le backlog mesure si les deux avancent au même rythme. Les maquettes mesurent si le design ne ralentit pas l'ensemble de la chaîne. Les bugs mesurent si la communication entre produit et technique est suffisamment claire pour que les développeurs comprennent ce qu'on attend d'eux.

Quand cette synchronisation fonctionne bien, l'ensemble de l'organisation accélère. Les développeurs ont toujours de la matière de qualité à développer, les Product Owners voient leurs fonctionnalités livrées régulièrement, et les utilisateurs bénéficient d'un produit qui s'améliore de manière continue et cohérente.

Quand elle ne fonctionne pas, chaque équipe compense à sa manière : le produit spécifie trop en avance pour ne pas être en retard, la technique prend des raccourcis pour rattraper le temps perdu, et la qualité globale se dégrade. Détecter ces signaux tôt est la responsabilité partagée du CTO et du CPO.

En résumé

Piloter une équipe produit ne se résume pas à suivre une roadmap. Surveillez la quantité de backlog en visant environ deux sprints d'avance, investissez dans un design system dès que vous avez plus d'une plateforme, et lisez vos bugs comme un indicateur de la clarté de votre conception autant que de la qualité technique. Le tout au service d'un seul objectif : maintenir la synchronisation entre produit et technique pour livrer régulièrement de la valeur à vos utilisateurs.