CODIR

Comité de Direction : comment en faire un vrai organe de décision

Publié le5 min de lecture

Le CODIR n'est ni un reporting ni une chambre d'enregistrement. Comment le structurer, à quelle fréquence, quels anti-patterns éviter et pourquoi le mettre en place dès 10 collaborateurs.

Les Comités de Direction existent quasi inévitablement dans les grosses structures, au-delà de 100 collaborateurs. Mais ils sont beaucoup plus rares dans les petites. C'est dommage, car c'est un outil puissant pour aligner les personnes clés de l'entreprise et préparer le terrain pour la croissance — même quand on n'est encore qu'une dizaine.

Le CODIR en un coup d'œil

AspectRecommandation
Taille8 à 10 personnes maximum
CompositionTop managers uniquement (C-Levels ou futurs C-Levels)
DémarrageDès 10 collaborateurs, avec les personnes clés identifiées
FréquenceHebdo (30 min, sync) + mensuel (3h, décisions stratégiques)
ObjectifPrendre des décisions, pas lire des slides

Pourquoi commencer tôt

Beaucoup de fondateurs attendent d'avoir 50 ou 100 collaborateurs avant de mettre en place un Comité de Direction. C'est trop tard. Dès qu'on a identifié quelques personnes clés — un responsable produit, un responsable technique, un responsable marketing par exemple —, on peut commencer à structurer un CODIR, même informel. Chez Wizbii, nous l'avions mis en place alors que nous n'étions qu'une vingtaine de collaborateurs, et ça marchait déjà très bien.

À ce stade, les décisions du ou des fondateurs restent prépondérantes. Le CODIR sert alors surtout à deux choses : partager l'information entre des équipes qui ne se parlent pas forcément au quotidien, et commencer à former ces personnes clés à prendre des décisions collectives. C'est un investissement dans la capacité de l'organisation à fonctionner si elle devait un jour passer à l'échelle. Le jour où l'entreprise atteint une cinquantaine de collaborateurs et que les vrais C-Levels émergent, le CODIR change de format : il passe d'un organe de partage d'information et de formation à un vrai organe de décision stratégique. Mais cette transition est infiniment plus facile quand les fondations ont été posées tôt.


Le rythme : s'inspirer des cérémonies agiles

Le parallèle avec les cérémonies agiles fonctionne remarquablement bien pour structurer un CODIR. Deux rendez-vous complémentaires suffisent.

L'hebdo : 30 minutes pour se synchroniser

Un point rapide en début de semaine, préparé par un mail récapitulatif de chaque membre du CODIR envoyé le vendredi précédent. On ne prépare pas de gros sujets. On traite le tout-venant : débloquer des situations simples, anticiper des sujets sur la semaine à venir, partager des informations qui impactent plusieurs équipes. Le format standup fonctionne très bien — pas de slides, pas de vidéo-projecteur, chacun partage ce qui est important pour les autres en quelques minutes. L'objectif est d'être rapide et efficace : si un sujet nécessite un échange approfondi, il est noté pour le CODIR mensuel ou pour une réunion dédiée.

Le mensuel : 3 heures pour décider

Une réunion plus longue dédiée aux sujets de fond et d'avenir. On ne parle pas de quotidien — c'est le rôle de l'hebdo. On peut éventuellement consacrer 20 minutes à un point rapide sur les chiffres clés — cash, revenu, acquisition, churn — mais l'essentiel du temps est consacré à préparer ou à prendre des décisions sur les enjeux des prochains mois. C'est dans cette réunion qu'on aligne tout le Comité de Direction sur la direction de l'entreprise. Et c'est cet alignement qui permettra ensuite à chaque membre de donner un cap clair à ses équipes, en cohérence avec ce que font les autres départements. On sort de cette réunion avec des décisions documentées et un plan d'action, pas avec une liste de sujets à rediscuter la prochaine fois.


Les anti-patterns à éviter

La réunion sans décision

Les comités de direction à rallonge qui se terminent sans qu'aucune décision n'ait été prise sont un classique. L'objectif d'un CODIR est de prendre des décisions sur la direction de l'entreprise. Rien ne force à prendre des décisions structurantes à chaque réunion, mais n'en prendre jamais — ou revenir à chaque réunion sur les décisions des précédentes — montre un dysfonctionnement sérieux. Un CODIR doit être préparé et cadencé. Pour des réunions aussi stratégiques, se faire accompagner afin de mettre en place les bonnes pratiques a beaucoup de sens, surtout au démarrage.

Le membre silencieux

Un membre du CODIR qui ne parle jamais n'a, à mon sens, pas sa place en Comité de Direction. Le but de cet organe est de favoriser la discussion entre des équipes qui se parlent peut-être peu le reste du temps. Une personne qui ne contribue jamais est un signal fort : soit on n'a pas trouvé la bonne personne pour ce rôle, soit on fait le choix conscient de la former — auquel cas il faut l'accompagner activement pour qu'elle prenne confiance et commence à apporter sa perspective. Mais laisser la situation perdurer sans la traiter, c'est gaspiller un siège au CODIR.

L'animateur exclusif

À l'inverse, une personne qui monopolise la parole et qui devient l'animateur exclusif du CODIR est tout aussi problématique. On crée un Single Point of Failure — imaginez ce qui se passe si cette personne quitte l'entreprise — et on empêche la création d'une intelligence collective. C'est exactement le même piège qu'un Scrum Master qui ferait tout le travail méthodologique pour l'équipe au lieu de la rendre autonome. L'esprit de groupe qui se construit dans un CODIR équilibré sera indispensable le jour où l'entreprise traversera des difficultés. Il faut le cultiver dès le début.


Débattre dedans, aligner dehors

C'est peut-être la règle la plus importante d'un bon CODIR. En réunion, les dissensions doivent exister. On ne cherche pas le consensus mou : on cherche les meilleures décisions possibles, et ça passe par le débat, par la confrontation d'idées, par des positions parfois contradictoires. C'est sain et c'est même souhaitable. Un CODIR où tout le monde est toujours d'accord est un CODIR qui ne sert à rien.

Mais en sortant de la salle, tout le monde doit être aligné. Chaque membre parle au nom de l'entreprise, plus en son nom propre avec ses propres avis. On forge une décision en Comité de Direction par le débat et on défend ensuite cette décision auprès du reste des collaborateurs, même si on n'était pas personnellement en faveur de cette décision au départ. C'est ce qu'on appelle parfois le "disagree and commit" : on a le droit de ne pas être d'accord pendant la discussion, mais on s'engage pleinement une fois la décision prise. Sans cette discipline, le CODIR perd toute crédibilité et les équipes reçoivent des messages contradictoires de leurs dirigeants.


En résumé

Le Comité de Direction est un outil précieux qui mérite d'être mis en place bien avant d'en avoir "officiellement" besoin. Structuré autour d'un point hebdomadaire rapide et d'une réunion mensuelle de fond, limité à 8-10 personnes, il permet d'aligner les personnes clés de l'entreprise et de prendre des décisions qui donnent un cap clair aux équipes. L'enjeu principal est d'en faire un vrai lieu de débat et de décision — pas un reporting, pas une chambre d'enregistrement, mais un espace où les meilleures idées émergent de la confrontation des points de vue.